1 % de plus de prélèvement pour financer le RSA (Revenu de solidarité active), c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Prendre sa retraite au Maroc, c’est tentant. Du soleil pour chauffer ses os vieillissants, du service, une vaste maison (riad) avec piscine, des golfs pour s’agiter un peu ; enfin des petites escapades dans la lumière mauve du désert, la vraie, comme l’ont peinte les orientalistes.
La cote de ces peintres atteint des sommets en salle des ventes. Avec tout ce que vous allez économiser, vous pourrez même accrocher un Dinet dans le salon de votre riad.
Et tant pis si ce n’est plus le clocher du village qui vous rappelle le temps qui passe, mais les appels à la prière du muezzin.
Un impôt sur le revenu presqu’indolore
Le Maroc offre aux retraités des avantages fiscaux considérables. En premier lieu, un abattement de 40% sur les pensions et rentes viagères. Mieux, si vous êtes vraiment décidé à sauter le pas et à traverser Gibraltar avec valises, charentaises, et surtout transfert de compte, les avantages se musclent encore.
À l’abattement de 40% va s’ajouter une remise d’impôt de 80%. Oui, vous avez bien lu.
Certes, la progressivité de l’impôt marocain sur le revenu est assez élevée. Mais l’assiette de 60% et l’abattement de 80% vident pratiquement l’impôt de sa substance. Et puis, pas de CSG, CRDS et bientôt RSA.
Trop beau pour être vrai ? Non. Le décryptage fiscal est formel. Ce statut spécial du Maroc tient à une vieille convention entre la France et son ancien protectorat. Elle va à l’encontre du principe général de la fiscalité des rentes selon lequel les pensions publiques restent imposables dans l’État qui les verse.
Il faut bien lire l’article 17 de la convention fiscale de 1970 qui confirme cette exception à la règle : “les pensions et rentes viagères ne sont imposables que dans l’état contactant où le bénéficiaire a son domicile fiscal”.
Petit rappel : la notion de domicile fiscal est attachée à la résidence. D’une façon générale, est résident celui qui vit plus de six mois par an dans un pays. Deux expressions à bien soupeser reviennent dans les textes : “foyer d’habitation permanent” et «”séjourne le plus longtemps”. Pas de triche.
Pour bénéficier de cette oasis fiscale paradisiaque, il faut consentir à quelques sacrifices.
Alors allons-y. D’abord, les sommes correspondant à vos retraites sont transférées définitivement sur un compte en dirhams (la monnaie marocaine) qui n’est pas convertible.
Aïe, non convertibilité signifie bien souvent “monnaie de singe”. Mais votre esprit vif et alerte a, bien sûr, trouvé la parade ne rapatrier que la somme indispensable à votre train de vie quotidien.
Donc, vous vous imaginez déjà traversant Gibraltar avec votre caravane personnelle. Vous pensez aux emballages spéciaux que vont nécessiter les éléments fragiles du mobilier familial. Mais, au fait, et l’immobilier ? Vos revenus de la pierre restent taxés en France, ainsi que les plus-values si vous vendez. Et là, attention, puisque vous ne serez plus résident communautaire : le taux passe de 27 à 33%.
Souvenez-vous, la bonne étoile marocaine concerne les rentes et retraites, pas les autres revenus. Et là, les longues dents de la mâchoire du fisc national vous rattrapent par la djellaba. Car il calcule votre taux d’imposition en prenant en compte le montant des pensions que vous avez transférées.
Supposons que vous ayez 30 000 € de retraites (transférées) et 10 000 € de revenus locatifs en France. Le fisc va calculer votre tranche d’imposition sur la base de 40 000 €.
Sachez aussi que pour vos petites visites à votre famille en France, vous serez soumis à un contrôle des changes. Le dirham n’est pas convertible, souvenez-vous. Calculez bien ce qu’il vous faut de chaque côté de la Méditerranée. Planifiez vos visites et ne les multipliez pas, le fisc français veille.
La fin du chemin
Au début de votre expatriation, vous avez prévu, en cas de pépin de santé, de revenir profiter de la luxueuse Assurance maladie française, muni de votre précieuse carte Vitale. Pour cela, il vous faudra prendre l’avion (sinon c’est le ferry et la traversée de l’Espagne). C’est bien tant qu’on est encore alerte et valide. Mais plus tard ? N’oubliez-pas que le prix des vols devrait se renchérir dans la décennie qui vient, pour cause de coût du kérosène. L’expatriation pour la retraite reste un choix très personnel.
Ultime question : qui va hériter de votre riad avec le tableau de Dinet au-dessus du sofa ? Le Maroc ne fait pas payer de droits de succession. Toutefois, le droit français s’appliquera si vos héritiers sont résidents français. Mais “après moi le déluge”…
article par Simone Wapler






