Le secteur de l’immobilier au Maroc pourrait échapper à la crise mondiale

Dimanche, décembre 28th, 2008

Les autorités marocaines sont confiantes dans le fait que le secteur de l’immobilier dans le pays pourra résister à la crise mondiale, un avis non partagé par les acquérieurs potentiels.

[Sarah Touahri] Les autorités marocaines ont annoncé que le pays est épargné par les turbulences de la crise immobilière mondiale.

Les autorités marocaines ont annoncé que le pays est épargné par les turbulences de la crise immobilière mondiale. Ahmed Taoufik Hjira, le ministre du Logement, de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire, a affirmé mardi 23 décembre que ce secteur au Maroc n’est pas lié au secteur mondial, ajoutant : “Nous avons une forte demande chez nous, contrairement à l’Europe. Le déficit en logements est estimé à cinq millions d’unités. Chaque année, 123 000 familles nouvelles arrivent sur le marché. Il faut donc satisfaire la demande annuelle et résorber le déficit.”

“Le secteur se porte très bien et n’accuse aucun contrecoup à l’instar de ce qui se passe à l’international”, convient Anas Sefrioui, président du groupe immobiliser Addoha.

M. Sefrioui a exclu le risque qu’un phénomène similaire à celui des sub-primes se produise au Maroc, car les prêts bancaires sont accordés en fonction de la capacité des emprunteurs à les rembourser et que la demande est largement supérieure à l’offre.

Un avis non partagé par Youssef Ibn Mansour, le président de la Fédération Nationale des Promoteurs Immobiliers. “Certes le secteur de l’immobilier connaît un développement important, mais vu que l’Etat a changé de stratégie, le partenariat public-privé se fissure”, explique-t-il.

“Jusqu’à présent”, ajoute-t-il, “aucune entreprise spécialisée dans le logement social n’a signé de convention avec l’Etat en 2008.”

Le président du Conseil de l’ordre des architectes Omar Farkhani estime qu’il ne suffit pas de produire en quantité, mais qu’il est nécessaire de normaliser pour bâtir un espace de vie de qualité.

Les agents immobiliers affichent leurs craintes. Mohamed Maliki, agent immobilier à Marrakech, signale que cela fait plusieurs mois qu’un recul de l’activité est constaté.

“Seuls les promoteurs immobiliers peuvent être à l’origine de leur propre récession en gardant des niveaux de prix élevés et en proposant une offre inadaptée à la demande”, explique Driss El Fina, chercheur en économie.

Le professeur Mehdi Bouchaib explique : “Les statistiques et inventaires des biens immobiliers n’étant pas publiées au Maroc, ou du moins n’étant pas à la disposition du grand public, il est difficile de faire un constat objectif de l’état de l’immobilier.”

Pour leur part, les citoyens, qui n’ont pas une vision claire du secteur, attendent impatiemment que les prix baissent. Madichou, un fonctionnaire, espère depuis trois ans pouvoir acheter un appartement à un prix raisonnable.

“Au cours des dernières années, les prix ont fortement grimpé au point qu’ils ne représentent plus la valeur du bien. Avec la crise économique mondiale, j’espère une normalisation des prix.”

Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 26/12/08

Maroc - Crise et Bêtises

Mardi, décembre 9th, 2008

« Heureusement que nous sommes sous-développés, ça nous évite d’être victimes de la crise » entend-on ça et là dans les salons casablancais suite à certaines déclarations d’économistes, d’historiens et de sociologues nationaux et internationaux.

Cette phrase à elle seule pourrait constituer un sujet de dissertation ou un thème de débat animé par l’inénarrable Thami Ghorfi sorti tout droit de son école de commerce pour fixer les règles d’un débat dit « participatif » entre personnes autorisées destiné à un auditoire élitiste. Alors abordons cette phrase avec le peu de technique littéraire qui a pu échapper à vingt ans de sclérose et à cinq ans de lassitude. Extrayons-en donc une problématique à soutenir par une thèse elle-même contredite par une antithèse sans oublier d’y adjoindre une synthèse tout en ignorant la rigueur du dimensionnement des parties incompatible avec l’exercice éditorial.

« Heureusement que nous sommes sous-développés, ça nous évite d’être victimes de la crise ». « Heureusement » sous entend une situation positive fruit du hasard face à un évènement qui aurait pu conduire à des conséquences négatives si la situation était autre. La situation positive serait en ce qui nous concerne le sous-développement. Le « nous » représente l’entité Maroc dans son état national ; ce « nous » mériterait à lui seul un article, que dis-je, un livre, une encyclopédie sociologique destinée à analyser ce sentiment national à schizophrénie masochiste préfabriquée. Les conséquences négatives évitées seraient « d’être victimes de la crise ». Soyons honnête aussi précise que soit la langue française, il faudrait adapter le discours à l’imaginaire méditerranéen ce qui donnerait quelque chose du genre : « Nous subirons sûrement les conséquences de la crise mais le fait que nous soyons sous-développés nous protège en quelques sortes… ». Le mot « crise » résume le cataclysme économico-financier mondial du dernier trimestre 2008 qui a révélé que l’économie planétaire mondiale était une sorte de château de cartes financier ou l’ingéniosité des montages et des systèmes destinés à rémunérer le capital ont honteusement écrasé la création réelle de valeur et de richesses avec le tact et les scrupules d’usage d’un système ultralibéral débridé. (more…)

Maroc : Les MRE sont les magrhébins les plus touchés par la crise

Lundi, décembre 8th, 2008

Les Maghrébins résidants à l’étranger ont été également atteint  d’une certaine manière par la crise financière. De tous les immigrés de France, les Marocains semblent sans doute les plus déçus, les premières victimes de la crise sont déjà tombées

Il y a seulement trois mois, on était «bikhir». On a passé des vacances superbes au Maroc. Au retour, on est tombé dans la m… Le licenciement sec a également les MRE et  l’ensemble du personnel dans la boîte où je travaille. Pas moyen de se maintenir. Le patron lui-même s’est inscrit aux ASSEDIC (chômage)». Abbès est sonné par le déluge social qui a commencé à sévir en France. Il ne comprend pas. Seule consolation : la recrudescence des licenciements parmi ses amis. Il sait aujourd’hui, qu’il ne pourra pas avant longtemps, envoyer un seul euro à Machrâa Bel Ksiri où ses parents et ses trois frères chômeurs subsistent grâce aux transferts qu’il leur fait parvenir par Western Union. Ici, ses deux jeunes enfants et sa femme doivent désormais sacrifier la sortie du samedi chez les cousins et amis et, plus encore, la récréation-café chez Robert, non loin de Tati. En réalité, les 3,5 millions de MRE dont les transferts constituent la principale source de devises du Royaume, ont vite intégré l’ampleur de la crise. Les faux frais, les voyages éclairs au Maroc et les prêts au frère ou au cousin relèvent déjà du passé.
La peur des lendemains
La ceinture est serrée et la peur des lendemains sombres commande désormais les attitudes et les comportements. Bien sûr, les délégations des banques marocaines en Europe continuent à vanter leurs produits d’épargne, promettre des crédits immobiliers à bas taux et même bénéficier de report d’échéances. Mais chacun sait que l’horizon est sombre et qu’il est plus que jamais nécessaire de préparer des parades à la crise. Mustapha a déjà pris les devants. «Je me suis mis d’accord avec mon patron sur un licenciement pour faute grave. Cette formule me permet de m’inscrire au chômage en bénéficiant d’indemnités conséquentes durant 37 mois. Pendant ce temps-là, je travaillerai au noir à 60 euros par jour. Pas d’impôts, pas de tracasseries avec les services sociaux !». Mais tout le monde n’est pas électromécanicien, qui plus est spécialiste des semi-remorques comme Mustapha. «Les difficultés que rencontreront les MRE durant cette crise, viendront du fait que ces derniers se composent majoritairement de deux grandes catégories : d’une part, les profils surdimensionnés qui ne peuvent trouver des emplois que - précisément -dans les niches frontalement frappées par la crise financière et économique et, d’autre part, les ouvriers non qualifiés», assure Sophie Achouchi, chargée de développement Europe chez une filiale de LVMH.
Cela dit, le pays d’origine souffrira autant de cette crise dont les prémisses se sont faufilées à travers le trapèze boursier, sans que l’on y prenne garde. Les transferts de fonds des MRE ont représenté plus du double des investissements directs étrangers et auraient atteint, en 2007, la somme de 57 milliards de dirhams. On a même pu enregistrer l’engrangement lors du premier semestre 2008 de 3,5 milliards de dollars, soit une hausse de 5% par rapport à la même période de l’année précédente. Mais la foudre a frappé aussitôt et les intempéries sont venues rappeler aux Marocains leurs fragilités diverses et variées. Parmi ces fragilités, il est un fait peu connu du commun des Marocains : Citant le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM), l’Oxford Business Group (OBG, un cabinet d’intelligence économique basé à Londres) relève que le nombre des MRE a constitué 58% du nombre total des «étrangers» qui ont investi dans la Bourse de Casablanca. Parallèlement, les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), ou fonds mutuel, ont attiré le plus les MRE qui ont transféré 1,68 milliard de dollars au titre de l’année 2007 - soit une part de 27,8% de l’ensemble des investissements en titres d’OPCVM. Cette épargne boursière bien consistante des MRE a donc été pénalisée par la crise financière qui n’a pas épargné le Maroc. La crise n’a pas épargné l’informel non plus. Quartier Les Bosquets à Montfermeil. Ici, la mémoire collective garde jalousement les affrontements sanglants entre les jeunes des quartiers et les forces de l’ordre pilotées par l’ex-ministre de l’Intérieur Sarkozy. C’est ici que le Karcher fut évoqué par celui qui deviendra Président.
Fermetures d’usines
Le marché des Bosquets n’est que l’entrée en matière d’un véritable souk qui se tient deux fois par semaine à quelques enjambées de là : Clichy-sous-Bois. «Il y a quelques semaines encore, je pouvais dépenser sans lésiner sur les légumes, les fruits et la viande. Je ne peux plus acheter des sacs de 10 kg de pommes de terre, de carottes, d’oignons…etc. et des cartons de cinq poulets. Maintenant, je vais molo-molo. On ne sais pas de quoi demain sera fait», raconte Fatiha Lamrani, pourtant cadre moyen de la fonction publique territoriale du Département de Seine-Saint-Denis. Mère de deux enfants, elle n’hésite pas à dire qu’elle pourrait, le cas échéant, vendre sa maison de Mohammedia pour faire face à la panoplie de crédits qu’elle a contractés en France. Même les vendeurs à la sauvette qui peuplent l’intersection des boulevards Rochechouart et Barbès n’ont plus le vent en poupe. L’informel ne nourrit plus suffisamment son homme «Les gens vont vers les objets utilitaires plus que vers les gadgets», affirme kader, 15 ans de «business» à Barbès. Au commissariat du quartier, on n’établit plus mécaniquement les PV des ventes à la sauvette : «Si on n’est pas sur un flag, on laisse passer. La majorité de ces jeunes ont leurs papiers en règle. Ils ne trouvent pas de boulot. On ferme les yeux deux fois sur trois», assure un inspecteur accoudé à un bar de la rue Mira en sirotant un thé.

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